Régimes miracles : entre promesses séduisantes et réalité scientifique
Depuis sa création en 2001, le PNNS a principalement servi de boussole pour guider les habitudes alimentaires des Français(es) : manger cinq fruits et légumes par jour, limiter les produits gras/sucrés/salés, bouger au quotidien... Des messages simples, souvent utiles, mais parfois déconnectés des réalités sociales et écologiques.
Pour ce nouveau cycle (2025–2030), le HCSP change de ton : la nutrition n’est plus seulement une affaire de recommandations individuelles, mais une question de société.
Elle doit intégrer :
L’un des points majeurs du rapport est la reconnaissance explicite d’une alimentation plus végétale comme pilier d’une transition alimentaire durable.
Le PNNS 5 recommande :
Pour les professionnel(le)s de la nutrition engagé(e)s dans cette voie depuis des années, c’est une avancée importante. Pour moi, c’est aussi un signal clair : la santé humaine ne peut plus être pensée indépendamment de la santé de la planète.
Autre changement majeur : la reconnaissance du caractère profondément inégalitaire de l’alimentation. Aujourd’hui, bien manger reste un luxe pour des millions de personnes en France.
Le PNNS 5 appelle à :
C’est une avancée précieuse pour faire le lien entre nutrition, justice sociale et santé publique. Car bien manger ne devrait jamais dépendre de son code postal ou de son niveau de revenu.
Le rapport souligne également la nécessité d’un encadrement renforcé du marketing alimentaire, notamment envers les enfants. Il propose :
Une mesure attendue depuis longtemps, face à l’explosion des maladies chroniques liées à l’alimentation et à l’influence des industriels dans les choix de consommation.
Le PNNS 5 élargit aussi sa vision de la santé nutritionnelle : le sommeil et la lutte contre la sédentarité sont désormais intégrés comme des déterminants à part entière. Une alimentation saine ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’un mode de vie équilibré, d’un environnement favorable, et d’un rythme respectueux du corps.
Cette approche plus holistique est cohérente avec la réalité du terrain : on ne peut pas promouvoir la santé en morcelant les facteurs qui y contribuent.
Enfin, le rapport insiste sur la nécessité d’une gouvernance renforcée et lisible, avec :
C’est un point fondamental : les recommandations peuvent être brillantes, mais sans stratégie politique forte et moyens dédiés, elles resteront lettre morte.
En tant que nutritionniste engagée pour une alimentation végétale, éthique et accessible, je salue cette prise de position. Le PNNS 5 traduit enfin, noir sur blanc, ce que beaucoup d’acteurs de terrain disent depuis longtemps : l’alimentation est au cœur de la santé publique, de la transition écologique, et des enjeux de justice sociale.
Mais ce virage, aussi encourageant soit-il, reste fragile.
Les résistances sont nombreuses : pression des lobbies agroalimentaires, manque de moyens dans les structures publiques, peur politique d’imposer des mesures contraignantes. Et la publication de la Stratégie Nationale Alimentation Nutrition Climat (SNANC), pourtant complémentaire, se fait toujours attendre...
Alors oui, le PNNS 5 est une boussole précieuse. Mais il ne suffira pas d’avoir un bon cap : il faudra des actes politiques forts, un soutien aux professionnel(le)s de terrain, et une volonté collective d’agir.
Source :
Haut Conseil de la santé publique – Recommandations pour le 5e Programme national nutrition santé (PNNS)
Publié le 10 juin 2025