Être végan et en pleine forme : la science dit oui
Quand j’ai reçu la proposition de participer à un podcast sur l’alimentation, j’étais enthousiaste. Le thème annoncé : « Alimentation végétale versus alimentation carnée ». Une belle opportunité, pensais-je, de partager les connaissances scientifiques sur les bénéfices du végétal.
Mais en préparant l’échange, j’ai découvert que la personne invitée en face de moi ne représentait pas la communauté scientifique, mais Féroce, une jeune marque française positionnée sur la viande « premium » — viande « à l’herbe », « riche en abats », « sans résidus », présentée comme une « source naturelle de vitalité ».
Ce n’était plus un débat de santé publique. C’était un espace de communication commerciale.
Et je me suis demandé : que vaut ce type de discours face aux faits scientifiques ?
Selon Wikipédia, la viande rouge désigne les chairs issues de mammifères (bœuf, porc, agneau, veau, cheval, etc.), par opposition à la volaille ou au poisson.
On distingue :
Cette distinction est importante car leurs impacts sur la santé ne sont pas les mêmes.
Le site feroce.food vante une viande « nutritive et authentique », capable de « réconcilier performance et tradition ».
On y parle de « densité nutritionnelle exceptionnelle » et de « protéines ancestrales ». Mais ces termes, séduisants sur le plan marketing, ne reposent pas sur un consensus scientifique solide.
En nutrition, la qualité d’un aliment ne se mesure pas à sa rhétorique. Elle se mesure à son impact global sur la santé, à sa fréquence de consommation et à son équilibre avec le reste de l’alimentation. Et sur ces points, la recherche est claire.
En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC / OMS) a publié une évaluation majeure sur la consommation de viande rouge et de viande transformée (OMS, 2015).
Les résultats sont sans ambiguïté :
Ces conclusions reposent sur de nombreuses études épidémiologiques, établissant une relation dose-dépendante entre la consommation de viande rouge ou transformée et le risque de cancer colorectal.
Des liens émergent aussi avec d’autres pathologies : maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, et certaines formes d’inflammation chronique.
L’ANSES a publié une actualisation en 2021 sur la question :
« Les viandes rouges et les viandes transformées sont associées à un risque accru de cancer colorectal, proportionnel à la quantité consommée. »
L’Inserm a montré que l’impact de la consommation de viande rouge ne se limite pas au risque de cancer colorectal mais concerne aussi la santé métabolique et cardiovasculaire.
Et l’INRAE a rappelé que réduire la consommation de viande présente des bénéfices environnementaux et sanitaires, à condition de maintenir une alimentation diversifiée et équilibrée.
Autrement dit : même une viande « locale », « naturelle » ou « sans additifs » ne neutralise pas ces effets biologiques.
Les recommandations nationales françaises (PNNS 4, HCSP) sont claires :
L’objectif n’est pas l’interdiction mais la prévention des maladies chroniques et la cohérence environnementale.
Même le Sénat, dans une note de l’OPECST, souligne : « La consommation de viande doit être replacée dans un contexte global de durabilité, en conciliant santé humaine et santé planétaire. »
Participer à une émission où une marque commerciale peut présenter ses produits sous couvert de « science » me semble contraire à l’éthique du soin et à l’esprit de rigueur. Je ne refuse pas le dialogue mais je refuse la confusion.
La science n’a pas besoin d’être « vendeuse ». Elle a besoin d’être juste, claire et honnête. Et c’est dans ce sens que je continuerai à parler de nutrition : avec des données, pas des slogans.
La viande n’est pas « interdite », mais son excès est un risque de santé publique reconnu. Les marques qui promeuvent une viande « révolutionnaire » occultent souvent cette réalité.
En tant que diététicienne et professionnelle de santé, je crois qu’il est urgent de replacer la parole scientifique au-dessus du discours marketing. Parce que la santé, elle, ne se vend pas.
Sources :