Le Loup de Dupontel : Quand le génie du cinéma sert de paravent à la destruction des océans

Par Sarah ARASCO • Publié en décembre 2025 • Modifié en avril 2026

Le « Bluewashing » au sommet de son art

Comme beaucoup d'entre vous, je suis sensible à l'art et à l'émotion. C’est là que le piège se referme. En utilisant la figure du loup sauvage, Intermarché opère une capture émotionnelle. On nous montre la noblesse de l'animal pour mieux nous faire accepter l'ignoblesse de la pêche industrielle.

La plainte déposée par l'ONG BLOOM contre cette publicité est une décharge électrique nécessaire. Elle nous rappelle que derrière la poésie visuelle se cache une réalité scientifique implacable. La Scapêche, fleuron de l'enseigne, est l'un des acteurs majeurs de l'extraction marine en France. Prétendre que cette activité est « responsable » ou « durable » est une distorsion des faits que la science ne valide pas.

L’ironie de la canicule

Le saviez-vous ? Ce film a été tourné à Paris sous une chaleur record de 42°C. Cette anecdote de tournage est révélatrice de l'urgence climatique actuelle. Ce que la publicité oublie de dire, c'est que le chalutage de fond libère des quantités colossales de carbone stocké dans les sols marins. Selon une étude de référence publiée dans Nature par Sala et al. (2021), cette pratique perturbe le cycle du carbone autant que l'aviation mondiale.

Pourquoi BLOOM porte plainte

L'association BLOOM ne s'attaque pas à l'art de Dupontel mais au message mensonger qu'il véhicule. L'enseigne se revendique « Producteur et Commerçant » pour garantir une « pêche responsable ». Or la réalité scientifique est tout autre. Les données de l'IFREMER sont claires : le bar (ou loup de mer) est une espèce soumise à une pression de pêche intense. Faire croire que l'extraction industrielle peut être « durable » alors que les populations de poissons s'effondrent est une pratique commerciale trompeuse.

Pourquoi nous devons rester vigilants

Si j'ai pu me faire avoir, nous pouvons tous l'être. Ce spot nous montre que le marketing ne recule devant rien, pas même devant le génie d'un réalisateur apprécié, pour masquer l'effondrement de la biodiversité.

Ne laissons pas l'émotion d'un film de 3 minutes effacer des décennies de données scientifiques sur l'état de nos océans. La véritable beauté n'est pas dans un filet, même s'il est filmé par Dupontel. Elle est dans l'océan, vivant et préservé.