PNNS 5 : une nouvelle ère pour l’alimentation durable et la santé publique ?

Par Sarah ARASCO • Publié en septembre 2025 • Modifié en avril 2026

Une vision élargie de la nutrition : plus que ce que l’on met dans l’assiette

Depuis sa création en 2001, le PNNS a principalement servi de boussole pour guider les habitudes alimentaires des Français(es) : manger cinq fruits et légumes par jour, limiter les produits gras/sucrés/salés, bouger au quotidien... Des messages simples, souvent utiles, mais parfois déconnectés des réalités sociales et écologiques.

Pour ce nouveau cycle (2025–2030), le HCSP change de ton : la nutrition n’est plus seulement une affaire de recommandations individuelles, mais une question de société.

Elle doit intégrer :

  • la durabilité environnementale,
  • la lutte contre la précarité alimentaire,
  • la régulation des environnements alimentaires,
  • l’activité physique et le sommeil,
  • et une gouvernance plus claire et territorialisée.

La végétalisation de l’alimentation enfin mise en avant

L’un des points majeurs du rapport est la reconnaissance explicite d’une alimentation plus végétale comme pilier d’une transition alimentaire durable.

Le PNNS 5 recommande :

  • de renforcer la place des protéines végétales dans les repères nutritionnels,
  • d’intégrer des critères environnementaux dans les recommandations officielles,
  • d’évaluer l’impact écologique des choix alimentaires collectifs.

Pour les professionnel(le)s de la nutrition engagé(e)s dans cette voie depuis des années, c’est une avancée importante. Pour moi, c’est aussi un signal clair : la santé humaine ne peut plus être pensée indépendamment de la santé de la planète.

Un virage social affirmé : lutter contre la précarité alimentaire

Autre changement majeur : la reconnaissance du caractère profondément inégalitaire de l’alimentation. Aujourd’hui, bien manger reste un luxe pour des millions de personnes en France.

Le PNNS 5 appelle à :

  • des actions ciblées pour lutter contre la précarité alimentaire,
  • une meilleure accessibilité géographique et financière à une alimentation saine,
  • des interventions co-construites avec les territoires et les publics concernés.

C’est une avancée précieuse pour faire le lien entre nutrition, justice sociale et santé publique. Car bien manger ne devrait jamais dépendre de son code postal ou de son niveau de revenu.

Réguler le marketing alimentaire : une urgence toujours d’actualité

Le rapport souligne également la nécessité d’un encadrement renforcé du marketing alimentaire, notamment envers les enfants. Il propose :

  • de rendre obligatoire le Nutri-score sur tous les supports,
  • d’interdire la publicité pour les produits ultra-transformés ciblant les plus jeunes,
  • et d’utiliser les leviers fiscaux et juridiques si nécessaire.

Une mesure attendue depuis longtemps, face à l’explosion des maladies chroniques liées à l’alimentation et à l’influence des industriels dans les choix de consommation.

Activité physique, sommeil, sédentarité : vers une approche globale de la santé

Le PNNS 5 élargit aussi sa vision de la santé nutritionnelle : le sommeil et la lutte contre la sédentarité sont désormais intégrés comme des déterminants à part entière. Une alimentation saine ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’un mode de vie équilibré, d’un environnement favorable, et d’un rythme respectueux du corps.

Cette approche plus holistique est cohérente avec la réalité du terrain : on ne peut pas promouvoir la santé en morcelant les facteurs qui y contribuent.

Une gouvernance repensée pour un impact réel ?

Enfin, le rapport insiste sur la nécessité d’une gouvernance renforcée et lisible, avec :

  • des objectifs clairs,
  • des indicateurs de suivi partagés,
  • un pilotage territorialisé,
  • et des financements pérennes.

C’est un point fondamental : les recommandations peuvent être brillantes, mais sans stratégie politique forte et moyens dédiés, elles resteront lettre morte.

Mon regard de nutritionniste végane : une direction juste, mais fragile

En tant que nutritionniste engagée pour une alimentation végétale, éthique et accessible, je salue cette prise de position. Le PNNS 5 traduit enfin, noir sur blanc, ce que beaucoup d’acteurs de terrain disent depuis longtemps : l’alimentation est au cœur de la santé publique, de la transition écologique, et des enjeux de justice sociale.

Mais ce virage, aussi encourageant soit-il, reste fragile.

Les résistances sont nombreuses : pression des lobbies agroalimentaires, manque de moyens dans les structures publiques, peur politique d’imposer des mesures contraignantes. Et la publication de la Stratégie Nationale Alimentation Nutrition Climat (SNANC), pourtant complémentaire, se fait toujours attendre...

Alors oui, le PNNS 5 est une boussole précieuse. Mais il ne suffira pas d’avoir un bon cap : il faudra des actes politiques forts, un soutien aux professionnel(le)s de terrain, et une volonté collective d’agir.

Source :
Haut Conseil de la santé publique – Recommandations pour le 5e Programme national nutrition santé (PNNS)
Publié le 10 juin 2025